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Le prix de l’eau et le Forum Social Mondial de Tunis sont les deux sujets au menu cette semaine de Monde Solidaire, notre rendez-vous avec la Fondation France Libertés, en compagnie d’Emmanuel Poilane, le directeur de la Fondation.

© France Libertés
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Le prix de l’eau augmente plus vite que l’inflation

Depuis 2011, la Fondation France Libertés et 60 Millions de consommateurs mènent l’Opération Transparence sur le prix de l’eau en France, une enquête collaborative avec les usagers destinée à apporter une plus grande lisibilité des services de l’eau. Au fil des années l’enquête a mis en lumière un prix de l’eau parfois inéquitable, des factures opaques ou une qualité dégradée. Cette dernière enquête s’est portée sur le prix de l’eau et sur les coupures d’eau. Quels en sont les enseignements ?

« La volonté était de faire le lien avec la première enquête de 2011 pour regarder les hausses du prix de l’eau. Et les résultats sont surprenants. Pour 85% des grandes villes françaises, le prix de l’eau a augmenté plus vite que l’inflation. Et dans une ville sur deux, la hausse est même deux fois supérieure à l’inflation. En tête de liste, on trouve le Grand Evreux, Bar-le-Duc, Agen Chaumont, Le Puy-en-Velay… On peut parfois trouver 37% d’augmentation.

Il y a donc la nécessité d’expliquer aux français ce qu’est le pris de l’eau et comment il se construit. Il faut réfléchir à des Assises de l’eau pour repenser l’ensemble du modèle du service public de l’eau. Il y a des enjeux très forts pour un service public essentiel qui permet de vivre dignement chez soi. »

Ces augmentations sont-elles dues uniquement à l’inflation ou est-ce que l’état du réseau et les bénéfices des sociétés sont également en cause ?

« Ce qui compte c’est les choix politiques qui sont faits. Notamment les choix faits pour rendre l’eau potable, pour l’assainir. On a une ressource en eau qui est de plus en plus abimée, avec des choix industriels qui coutent très chers. Il y a une obligation de repenser ce service. On peut imaginer de protéger la ressource en eau en amont. Cela couterait beaucoup moins cher à mettre en œuvre pour avoir une eau du robinet avec moins de traitements. Et puis des modes de traitements actuellement très industriels alors qu’ils pourraient être mis en œuvre avec des systèmes de phytorestauration, des jardins filtrants… On le fait en France, comme à Honfleur, mais cela reste marginal. Il y aurait donc matière à faire des économies en imaginant une autre façon de concevoir ce service public de l’eau.

Sur les fuites, il y a un problème d’investissement régulier. Les élus doivent s’en emparer et trouve des moyens de mutualisation pour avoir plus de financement à mettre en œuvre sur le renouvellement de leur canalisation. »

L’autre volet de l’enquête porte sur les coupures d’eau.

« L’idée est de mettre en avant la campagne que l’on mène depuis 8 mois, par deux exemples. D’une part la condamnation de Véolia sur Lyon sur un cas de diminution de débit d’eau. Cela montre que les juges sont sensibles à la notion de privation d’eau. L’autre exemple concerne une coupure d’eau en Région parisienne dans un immeuble accueillant 9 familles suite à un désaccord entre Véolia et le syndic. Les familles ont été prises en otages par Véolia pour faire payer le syndic.

Ce sont des attitudes inadmissibles. D’autant que le sénateur Cambon, vice-président du SEDIF qui a mis en œuvre cette coupure sur cet immeuble, dit qu’il faut prévoir les coupures d’eau pour les familles de mauvaise foi. En l’occurrence, dans ce cas, les locataires n’étaient pas de mauvaise foi. Il y a donc un vrai problème de fond. Véolia n’applique pas la loi qui est pourtant claire. Ils utilisent la coupure d’eau pour régler des conflits financiers qui ne regardent qu’eux. »

 

  • Opération Transparence sur le prix de l’eau
  • 60 Millions de consommateurs
  • Factures d’eau : le palmarès des hausses dans 130 villes de France
© Forum Social Mondial Tunis 2015
© Forum Social Mondial Tunis 2015

Forum Social Mondial de Tunis, malgré l’horreur

Du 24 au 28 mai se déroule le Forum Social Mondial à Tunis, au cours duquel se tiendront les secondes rencontres « Eau, Planète et Peuples » organisées par France Libertés.

Ce Forum va se dérouler alors que la Tunisie vient d’être confrontée à l’horreur avec l’attentat du musée de Tunis… Un attentat qui touche un symbole culturel dans un pays en pleine reconstruction démocratique. Malgré tout, le Forum se tiendra bien. Une manière de dire non aux fanatismes.

« Organiser ce Forum sur Tunis c’est la volonté de dire qu’on doit aider ces pays qui réinventent des espaces de démocratie à émerger. Il faut que les sociétés civiles de tous les pays du monde puisent discuter de tout un tas de sujet et renforcer la Tunisie dans son ambition de mettre en place une vraie démocratie. On pense aux familles des victimes. Cet attentat est terrible. On a voulu marquer notre engagement à surtout ne pas tomber dans la peur. Aller sur Tunis pour cette semaine de Forum, c’est marquer que le peuple a raison, que l’engagement citoyen aura raison des fanatismes. Il ne faut pas s’enterrer quand il se passe quelque chose comme çà. Il faut se déplacer et porter des engagements citoyens pour que le monde soit plus égalitaire, plus respectueux de tous, plus respectueux de la planète. »

A quelques mois de la Conférence Mondiale sur le Climat qui se déroulera à Paris en décembre 2015, quel est l’objectif de ces rencontres « Eau, Planète et Peuples » ?

« L’objectif est de discuter de toutes les alternatives liées à l’eau, à la foi sur les thématiques « eau et énergie », « eau et agriculture », « eau et climat », « eau et droit », de récupérer les initiatives qui existent sur la planète, et ainsi pouvoir construire un plaidoyer qui permettra de montrer aux dirigeants que quand on parle de climat on ne parle pas que de CO2. La place de l’eau est aussi très importante par rapport à ces questions. Ce plaidoyer, qui sera construit sur Tunis, il sera porté vers pour la COP 21 (la Conférence Mondiale sur le Climat) en décembre.

On mesure combien l’activité humaine peut influer directement sur le climat. Il y a urgence à prendre en compte la place de l’eau dans les grands cycles de la vie de la planète et de l’humanité. Il n’est pas trop tard pour prendre des décisions et co-construire des sociétés et de modes de vie plus respectueuses de la planète. »

 

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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