17 octobre 2018
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2018 sera-t-elle l’année des espoirs pour le climat ?

Le 12 décembre 2017 à Paris, Emmanuel Macron affirme lors du sommet One Planet “Ce que nous entamons aujourd’hui, c’est le temps de l’action car l’urgence est devenue permanente”… “On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas”

On l’a vu la semaine dernière, ce sommet est resté très timide sur les annonces. Beaucoup de communication et peu d’initiatives concrètes. Les ONG de leur côté prennent leur part.

Début janvier 2017, Emmanuel Poilane affirmait ici même que l’année 2017 serait cruciale pour la planète… Et effectivement, cela a été l’année de tous les records en matière de réchauffement climatique.

« C’est aussi l’année de tous les records en termes d’évènements climatiques majeurs. C’est important de bien comprendre que, quand on parle de réchauffement de deux ou trois degrés, ce ne sont pas des températures constantes. On ne va pas avoir 30 degrés plutôt que 28 l’été. On va avoir des pics de chaleur, des évènements climatiques majeurs qui vont avoir des conséquences très importantes sur le modèle de société dans lequel on vit. Avec les ouragans sur les Caraïbes, les incendies, les inondations, on a vu les prémices de ce que peuvent être des évènements majeurs pour le climat et les conséquences économiques qui en découlent directement. »

A l’occasion de ce sommet One Planet, les ONG ont lancé un appel, “Pas un euro de plus pour les énergies du passé”. Concrètement, quelle était l’idée ?

« L’idée était de pouvoir se rassembler. On a fait un travail de rassemblement de l’ensemble des associations qui travaillent sur la lutte contre le changement climatique. On ne voulait pas que chacun fasse quelque chose de son côté. On voulait se dire, on le fait tous ensemble pour avoir un impact plus important. Dans les années qui viennent, il va falloir impacter plus fort. Quand on est rassemblés, on impacte plus fort. »

Comment cet appel a été entendu par les dirigeants des Etats, par les décideurs ?

« On sait que pour imaginer rester dans les deux degrés, il faut qu’on sorte des énergies fossiles très rapidement. Il faut qu’on arrête de rechercher des nouveaux gisements de pétrole, de gaz, de charbon. Ce n’est pas du tout ce qui se passe aujourd’hui. Et pourtant, tout le monde est d’accord pour dire que c’est quelque chose d’indispensable. Le choix des ONG est de dire, sortons rapidement de ces sujets-là, faisons-en sorte que les grands financiers arrêtent de mettre de l’argent là-dessus et parient sur l’avenir et sur les énergies renouvelables. De façon symbolique, sortons du charbon, l’énergie la moins utile, pas efficace et extrêmement polluante. On peut dire que l’on a remporté une première victoire même si on est un petit peu déçu que le président Macron appuie sur la sortie du charbon pour dire que le nucléaire est indispensable. Selon nous, l’argent qui est mis dans le nucléaire serait beaucoup plus intéressant à mettre dans les énergies renouvelables. Mais le signal donné de dire que toutes les centrales à charbon françaises seront fermées d’ici la fin de ce quinquennat, c’est un signal qui est tout à fait intéressant. Dans le même temps, il y a des annonces d’Axa et de la Banque mondiale qui sont très fortes. Pour les ONG, c’est un sujet qui est porté depuis plus de trois ans. Quand on a commencé à porter ce sujet-là, personne n’en parlait. Aujourd’hui, on a gagné la bataille de l’information pour faire en sorte que les Etats n’aient pas d’autres choix que de se positionner sur le sujet. »

Face aux atermoiements des Etats, la société civile et les associations sont en marche de bataille. Au mois de novembre, les ONG se sont retrouvées pour lancer une campagne de sensibilisation sur un Recours climat, lancé par l’association Notre affaire à tous. Quel est ce recours dont France Libertés est l’un des fers de lance ?

« L’idée est de faire une campagne sur cinq requêtes vers l’Etat, pour dire, on n’en fait pas suffisamment sur la lutte contre le changement climatique. C’est important d’acter certaines choses de façon forte. La première, c’est d’inscrire le climat dans la Constitution française. Cela ne semble rien, mais c’est indispensable si on veut avoir des lois de programmation qui prennent réellement en compte les urgences de la lutte contre le changement climatique. La deuxième, c’est de reconnaître le changement climatique comme un crime d’écocide. Il s’agit de rappeler que c’est l’action de l’homme qui fait que l’on est dans cette situation climat. C’est quelque chose qui doit être reconnue de façon forte par les Etats. Si la France, demain, reconnaît cela de façon officielle, elle met le pied dans un engrenage où l’on n’aura pas d’autre choix que de faire évoluer nos modes de fonctionnement pour être plus respectueux de la nature. »

© Notre affaire à tous

Pour les trois autres requêtes, il y a la possibilité pour tout citoyen de défendre le climat en justice, la réduction effective des émissions de CO2, l’idée de réguler les activités des multinationales et l’arrêt du financement des énergies fossiles. Alors au terme de ces requêtes, si elles ne sont pas entendues, quelle est l’étape d’après ?

« L’étape suivante, si l’Etat français ne répond pas à ces cinq requêtes, c’est d’organiser ce recours devant la justice française avec un grand nombre d’organisations associatives, sous le pilotage de Notre affaire à tous. Des citoyens lambda seront invités à signer ce recours pour qu’il soit porté, non pas seulement par des organisations mais bien par une partie de la population française. Si l’Etat français ne veut pas de lui-même porter ces requêtes, il faut que ce soit la justice française qui l’oblige à mettre en œuvre les politiques nécessaires pour avancer. Symboliquement, le fait que le Premier ministre se bagarre pour ne pas fermer sa centrale à charbon sur Le Havre, cela montre bien que les politiques sont probablement convaincus de la réalité du changement climatique, mais qu’ils ne sont pas encore convaincus de l’obligation que l’on a de mettre en œuvre toutes les politiques par cet angle de la lutte contre le changement climatique. Ce recours, c’est pouvoir dire à l’Etat français, vous n’avez pas d’autre choix que de corréler l’ensemble des politiques qui sont mises en œuvre sur la lutte contre le changement climatique. C’est la priorité numéro une de l’Humanité. C’est valable pour nous et pour l’ensemble des continents. C’est plus prégnant pour les petites nations qui sont sous le risque de l’élévation du niveau de la mer. Soyons, dès l’année qui commence, les acteurs exemplaires de la lutte contre le changement climatique. La justice est là pour le rappeler. »

Belle année à la planète et à France Libertés. Et belle année 2018 sur Frequenceterre.

Pour aller plus loin :

 

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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