8:07 - lundi juillet 16, 2018

1968-2018 : Cohn-Bendit : “Mai 68 ? Un fantasme !” (“Le Soir”) (1/5)

Lu 1509 fois Pierre Guelff 0 respond

Cinq chroniques consacrées au 50e anniversaire de Mai 68 : Slogans, Radio Barricades, Che Guevara, L’« autre »  Mai 68 : pacifisme libertaire, désobéissance civile, activisme non violent, Les « enfants » de Mai 68, la presse alternative, Mai 68 perçu dans les médias cinquante ans plus tard…[1]

 

Cohn-Bendit évoque le “fantasme de Mai 68” dans “Le Soir”.

Même si Daniel Cohn-Bendit, figure marquante des événements de Mai 68, déclara en 2018 au quotidien « Le Soir »[2] qu’il s’agissait d’un « fantasme », alors que dix ans plus tôt dans le remarquable documentaire « 68 » de Patrick Rotman[3], il expliquait que « Mai 68 était le début d’une nouvelle sensibilité sociale, d’une aspiration des individus et de la société civile à une autonomie politique et culturelle », il est indéniable, selon moi, qu’il y eut des répercussions sociétales planétaires et générationnelles de cette période des sixties.

Période où paix, amour et musique déferlent en Californie, où la révolte juvénile prend son envol, alors qu’à 10.000 kilomètres de là, le napalm fait des ravages au Vietnam où 500.000 américains jeunes combattent le communisme du Vietcong.

Remarquable documentaire “68” de Patrick Rotman (Photo DVD).

Les autorités américaines évoquent une « action de pacification ». L’indignation face à de tels propos pour expliquer l’horreur est mondiale.

Alors, par milliers, de jeunes américains brûlent leur carnet militaire, désertent, refusent l’incorporation…

« On veut la paix ! » clament-ils, soutenus par le boxeur Cassius Clay qui est aussitôt  dépossédé de son titre de champion du monde et écope de cinq années de prison.

Comme une traînée de poudre, les jeunes radicaux blancs s’associent au « Black Power », dont les actions sont musclées, aux quatre coins du monde, la jeunesse brandit le « Petit livre rouge » de Mao ou le poster de Che Guevara, comme un signe universel de ralliement mais, dans le fond, la plupart ne connaît même pas le leader chinois et l’ami de Fidel Castro, ou, alors, si peu.

La répression ne tarde pas : à Londres, dans l’Espagne franquiste, en Allemagne, à Rome, au Japon, à Paris, à Prague…, on se bat grenades, coups de matraques et tirs contre pavés, barricades, slogans…

Une « Internationale de la jeunesse » s’écrie : « La révolution frappe à nos portes. Ce n’est qu’un début, poursuivons le combat ! Le fascisme ne passera pas ! Halte à l’autoritarisme ! »

Retrouvez, aussi, le témoignage de notre chroniqueur Pierre Guelff, ouvrier d’usine à l’époque de Mai 68, dans le magazine POUR “écrire la liberté” : https://www.pour.press/mon-mai-68/

La classe ouvrière, scandalisée par la répression face aux multiples victimes et à sa propre exploitation dans les usines et sur les chantiers, entre en grève en France. Sept millions de personnes arrêtent le travail, même le Festival de Cannes et les Folies Bergères mettent la clé sous le paillasson. Jean Ferrat soutient publiquement les contestataires, puis c’est le monde rural qui entre dans les événements.[4]

« Radio Barricades », surnom donné à « Europe 1 », retransmet les événements en direct au grand dam des autorités.

Soudain, en ce mois de Mai 68, la parole se libère à tous les niveaux, dans toutes les couches sociales, les murs prennent la parole et sont assez explicites à l’égard des patrons, des politiques, des autorités religieuses…

Le général de Gaulle, président de la République française, en convient : « Les événements nous montrent la nécessité d’une mutation de la société »

Néanmoins, la répression se poursuit, des bâtiments et voitures sont incendiés par des ultras, la guerre civile se profile dans une France coupée en deux : les pro et les contre de Gaulle. Brusquement, celui-ci disparaît des radars. Le jeudi 30 mai 1968, au retour de Baden-Baden où il a été prendre le pouls de l’armée, il déclare : « Je ne me retire pas ! »

Des négociations s’engagent entre gouvernement, patronat, syndicats, il y a les « Accords de Grenelle », mais 300.000 personnes descendent dans les rues de Paris pour réclamer un « gouvernement populaire ». Un million de gaullistes répliquent aux Champs-Élysées. Mai 68 s’achève.

Le travail reprend, les Folies Bergères reprennent le spectacle, les banderoles sont décrochées, les murs nettoyés des centaines de graffiti : « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire », « L’imagination prend le maquis », « Ni robot, ni esclave », « Ni maître, ni Dieu. Dieu, c’est moi », « Nous voulons vivre », « Révolution, je t’aime ! », « Tout le pouvoir aux conseils ouvriers », « Professeurs, vous nous faites vieillir » et, comme une prémonition : « Céder un peu, c’est capituler beaucoup ».[5]

Si Mai 68 marquent la société, les mentalités, des comportements, les rêves des « grands soirs » s’achèvent : après Martin Luther King qui a été assassiné en avril, c’est au tour de Robert Kennedy d’être abattu en juin 1968, lui qui évoquait l’arrêt de la Guerre du Vietnam, les Soviétiques écrasent le peuple de Prague en août de la même année, des policiers tirent sur la foule à Mexico : 300 morts en octobre 1968…

Alors, terminons cette première chronique consacrée à Mai 68 en revenant sur le « fantasme » décrit par Cohn-Bendit en ce 50e anniversaire. Il s’explique : « fantasme de ceux qui voient en Mai 68 la révolution et l’espoir de changer le monde et de ceux qui depuis cette époque évoquent une déstructuration sociétale ».

Il conclut : « Aujourd’hui, le problème est que l’on ne voit plus d’alternative au capitalisme. »

Pour notre part, on constatera, au fil des chroniques, que l’espoir né il y a cinquante ans n’a pas été vain et n’est pas mort. Ne fut-ce que sur une prise de conscience de la dégradation de notre environnement et des mesures alternatives crédibles proposées, tout comme l’activisme pacifiste qui reprend force et vigueur en maints endroits de la planète, entre autres.

La prochaine chronique sera consacrée au mythe Che Guevara.

[1] « Night in white satin », Moody Blues, 1967, « Éloïse », Barry Ryan, 1968, « San Francisco », Scott Mc Kenzie.

[2] Le 6 janvier 2018.

[3] VIV Productions avec la participation de France 2, Histoire, TV5 Monde, TSR et RTBF, 2008. Photos : jaquette du DVD.

[4] Jean Ferrat, extrait de « Nuit et Brouillard », 1963.

[5] Léo Ferré, extrait d’ « Il n’y a plus rien », 1973.

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Pierre Guelff
Pierre GUELFF est journaliste, écrivain (Éditions Jourdan) et chroniqueur radio. À travers ses ouvrages, ses émissions et ses chroniques, il défend avec passion la Nature, les notions de « Terroir », de « Tradition »… À « Fréquence Terre », il anime “Littérature sans Frontières”, "Nature sans Frontières" et "La Nuit porte conseil". Sur son site officiel retrouvez toutes ses émissions radio et tv (RTBF, VivaCité, TV5 Monde), ses ouvrages, sa biographie... Son site officiel

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