Accueil » Derniers articles » São Paulo : quand près de 11 millions d’habitants ont failli être privé d’eau

11 millions d’habitants sans eau ! C’est ce qu’a failli vivre la ville brésilienne de São Paulo en 2014.

Une pénurie d’eau aux conséquences plus que préoccupantes…. Le réchauffement climatique et la main de l’homme en sont sans doute en grande partie responsable.

« Et puis un jour, l’eau s’est arrêtée », c’est le titre d’une grande enquête publiée par Bastamag, dans le cadre d’une série de reportages en partenariat avec France Libertés.

Nous sommes au sud du Brésil, dans une région de la côte atlantique. Que s’est-il passé au cœur de l’été 2014 à São Paulo ?

« São Paulo a connu en 2014 une crise sans précédent, une énorme pénurie d’eau qui a amené la ville a couper l’eau pendant parfois plusieurs jours à ses habitants. Des camions d’approvisionnement en eau étaient obligés de passer régulièrement pour que les habitants puissent continuer à vivre. Il y a des kits de survie qui ont été distribués pour savoir comment rationner l’eau et comment la préserver. C’était une crise de l’eau comme le Brésil n’en avait jamais connue avant. »

Alors comment expliquer cette méga pénurie d’eau ? Pourquoi en est-on arrivé là ?

« On peut parler de quatre facteurs qui, combinés, ont menés à cette pénurie d’eau. D’abord le manque de précipitations. On a connu une baisse du régime des pluies qui a provoqué une baisse du niveau des réserves d’eau qui alimentent la ville. Donc, sans précipitation et sans niveau adéquat des réserves d’eau, l’approvisionnement en eau était insuffisant. Le second facteur, c’est la déforestation de l’Amazonie, même si cela paraît un peu plus lointain, puisque là on est dans le nord-ouest du Brésil. Les milliers d’hectares qui disparaissent chaque année, pour faire place à des productions de soja ou faire paître le bétail, ont perturbé le cycle de l’eau. La coupe des arbres fait baisser le niveau d’évapotranspiration et cela perturbe les fleuves aériens de vapeur d’eau qui règnent dans la forêt amazonienne. Toutes les vapeurs d’eau qui sont créées par l’évapotranspiration des arbres se dispersent jusqu’au sud du pays sous forme de nuages. Ce sont ces fleuves aériens, créés au Nord, qui alimentent en pluies le sud du pays. »

Autre cause de cette pénurie d’eau, la gestion de la ressource.

« On peut parler de la gestion de la société Sabesp, qui est chargée de la distribution et de l’assainissement de la région de São Paulo. Malheureusement, la société n’avait lancé aucun projet sur la durabilité et n’a fait que réagir à la pénurie d’eau via des coupures. Les fleuves aux abords de São Paulo sont extrêmement pollués par des rejets. L’eau est inutilisable par les habitants. Et la société a préféré verser des dividendes à ses actionnaires plutôt que d’investir sur le long terme pour la gestion de l’eau pour la région. On peut parler enfin de l’inaction des pouvoirs publics. En 2014 on était en plein contexte politique d’élection présidentielle.  En parallèle se jouait la Coupe du monde de football. Donc les yeux du monde entier étaient rivés sur le Brésil, qui avait plutôt intérêt à ce qu’il n’y ait pas trop de vagues. Dans un premier temps, les pouvoirs publics et les politiques de la région ont nié cette pénurie d’eau. Donc la gestion a été très tardive. »

© Bastamag

Quelles ont été les conséquences de cette pénurie à l’époque ?

« La première conséquence est due à la gestion complètement inégalitaire de l’eau. Cela a exacerbé les tensions dans un territoire où les inégalités sont déjà extrêmement fortes. On a pu voir des débuts d’émeutes, des manifestations. Des entreprises comme Nestlé ou Ford bénéficiaient de tarifs préférentiels sur le prix de l’eau pour la raison qu’elles utilisaient un volume plus grand. C’est typiquement le genre de situations qui augmentaient les tensions et les inégalités. Une autre conséquence liée à cette crise de l’eau, c’était la menace sur l’approvisionnement en électricité, puisque la majorité de la production d’électricité provient de barrages hydroélectriques. »

Est-ce qu’il y a des solutions alternatives qui ont été imaginées et mises en pratique pour éviter que le problème ne se reproduise ?

« Il existe beaucoup de solutions qui pourraient être mises en place et qui, à l’époque, ont été mises en place à l’échelle des communautés en tant que système D, comme la récupération des eaux de pluie, le développement de l’agroécologie. Ensuite, ce sont des solutions qui nécessitent un portage politique comme l’assainissement des fleuves ou la réparation des fuites du réseau. »

A l’époque, on a donc frôlé la catastrophe. Est-ce que cela pourrait se reproduire ?

« Oui. Le meilleur exemple est la déforestation de l’Amazonie qui continue aujourd’hui énormément. Le gouvernement actuel est plutôt enclin à laisser les entreprises couper les arbres pour des projets agro-industriels. Or, les deux tiers de la production de la richesse régionale dépend de la pluviométrie. Donc on marche un peu sur la tête. Cela pourrait tout à fait se reproduire sans changement de paradigme. Cela vaut aussi bien pour la région de Sao Paulo, que pour le pays, que pour le monde. Aujourd’hui, il y a deux milliards de personnes qui manquent d’eau. On estime que deux tiers de la population mondiale pourrait être exposée à des situations de stress hydrique. Donc il faut revoir toute la place de l’eau et sa gestion au sein des sociétés. Il faut que l’on arrive à une gestion démocratique, à une application du droit à l’eau, pour que chacun puisse avoir accès à l’eau. L’eau doit contribuer à la solidarité entre les communautés et ne pas amplifier les inégalités. »

Cette enquête au cœur de São Paulo est à retrouver sur Bastamag, en partenariat avec France Libertés, dans une série de reportages et d’enquêtes sur les enjeux de la gestion de l’eau et des sols dans le contexte du réchauffement climatique.

Pour aller plus loin :

 

 

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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