17 octobre 2018
Accueil » Derniers articles » Caimanes : Chronique d’un territoire sacrifié

Au centre du Chili, dans la province du Choapa, s’est implanté il y a 10 ans le troisième plus grand réservoir de déchets miniers du monde. Dans la vallée du Mauro, cette mine se trouve sur le territoire de la communauté rurale de Caimanes.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette exploitation et les conséquences sur l’environnement et la population, France Libertés propose un webdocumentaire, véritable chronique d’un territoire sacrifié.

Avant de regarder les conséquences de ce cas d’extractivisme, que représente, pour le Chili, l’exploitation des ressources minières ?

« Depuis de nombreuses années, le Chili a basé sa croissance sur l’exploitation des ressources naturelles, en particuliers, les ressources minières. Pinochet avait mis en place une série de lois – le code minier et la réforme du code de l’eau – pour permettre aux multinationales de travailler plus facilement sur le territoire. C’est à partir des années 1990 que les mines à grande échelle vont s’implanter sur le territoire chilien. Cela va signifier une plus grande permissivité par rapport aux entreprises minières qui vont s’implanter sur le territoire. Beaucoup de projets, des mines de plus en plus grandes, qui veulent soutirer le minéral de plus en plus rapidement. C’est un modèle qui génère peu d’emploi, environ 2% pour le secteur minier. Il y a beaucoup d’emplois indirects. Cela rapporte beaucoup d’argent aux entreprises minières. Il n’y a pas beaucoup d’argent pour l’Etat. On va baser l’essor du Chili sur l’extractivisme. On est dans le cas d’une économie qui est dans un modèle de dépendance par rapport aux cours mondiaux du cuivre et qui ne permet par réellement un développement autonome. On reste dans un schéma colonial, où on dépend de l’achat de cuivre par l’étranger. »

Ce réservoir de déchets miniers se trouve à Caimanes, un petit village du centre du Chili.

« Caimanes se situe à 200 kilomètres au nord de Santiago. On est dans la partie la plus étroite du Chili. La mine de cuivre est située à côté de l’Argentine et le réservoir de déchets miniers, au-dessus de Caimanes, est situé à 60 kilomètres de la mine de cuivre. Les déchets miniers sont acheminés dans le réservoir à 10 kilomètres au-dessus de Caimanes. »

Le réservoir de déchets miniers de Caimanes © Elif Karakartal

A proximité se trouve ce réservoir de déchets miniers qui a ouvert en 2008. C’est un réservoir important. A quoi sert-il ?

« Ce qu’il faut savoir c’est que l’exploitation du cuivre génère énormément de déchets. L’entreprise minière a décidé au début des années 2000 d’entreposer ces déchets dans une vallée fertile, en forme de cuvette. Il a suffi de construire un mur de contention pour barrer les entrées de la vallée et d’amener les déchets miniers qui sont composés de beaucoup de produits toxiques, de métaux lourds. Malheureusement, ce ne sont pas des déchets qui disparaissent facilement. »

Quels dangers fait courir ce réservoir pour l’environnement ?

« La surface est telle qu’il a été impossible d’isoler complètement les déchets de la terre. Les déchets pénètrent dans la terre et polluent l’environnement de manière durable. Il y a un contact avec l’eau. Le danger, c’est la contamination de l’eau. Il y a eu des analyses faites dans cette vallée qui ont démontrés que les métaux lourds ont été en contact avec l’eau potable. En 2012, il y a eu un rapport qui disait que l’eau n’était pas apte pour la consommation humaine, ni animale, ni même les cultures. On a un danger immédiat par rapport à la consommation de l’eau. En outre, il s’agit d’un édifice de 300 mètres de haut situé en amont de Caimanes. Le Chili est l’un des pays les plus sismiques de la planète. Le réservoir est en plus situé sur des failles géologiques. En cas de tremblement de terre, il pourrait y avoir une rupture de la paroi de la digue de contention. Les déchets miniers déferleraient dans la vallée. Il suffirait de 10 minutes pour que les déchets miniers ensevelissent une grande partie du village et aille jusque dans l’Océan Pacifique. Ce serait une disparition de Caimanes et une contamination de toute la vallée jusqu’à l’Océan. »

Extrait de « CAIMANES L’HISTOIRE QUI RESTE » Réalisation Abel Campos, Luz Badillo, Elif Karakartal

La semaine prochaine, nous verrons ce que ce réservoir a comme conséquences sur la vie des habitants de la région.

Pour aller plus loin :

 

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

Voir tous les articles

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Notre chaîne Youtube