11 décembre 2018

« Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.

 Le vieux monde est de retour de Pascale Tournier (Stock) est un essai de plus de 260 pages, documentées avec une précision chirurgicale, qui débute par le récit d’une réunion de l’élite parisienne de droite, en septembre 2017, dont l’un des responsables clama : « Nous avons vocation à reconstruire la droite sur le plan culturel et politique. Nous devons être les sentinelles d’une civilisation vivante qui ne se défasse pas. Ce qui nous anime n’est pas un désir de vengeance, mais un esprit français grave et léger, chevaleresque et frondeur, avec l’espérance chevillée au corps. »

Quelque trois cents personnes assistaient à ce rassemblement : des anciens de l’UMP, des fillonistes, des LR, des identitaires ultras, des adhérents de l’Action française, des participants de la Manif pour tous, des membres de mouvements catholiques conservateurs, des constitutionnalistes et royalistes et même Marion-Maréchal-Le Pen venue voir des amis, prétendit-elle.

Selon Pascale Tournier, l’auteure de cette remarquable enquête au cœur des nouveaux conservateurs, il s’agissait d’une démonstration de force de la nouvelle génération de jeunes conservateurs.

J’ai rencontré cette consoeur lors d’une conférence donnée dans la capitale de l’Europe et, avec son consentement, voici quelques-uns de ses propos que j’ai relevés et qu’une collaboratrice de « Fréquence Terre-Écolodio » a accepté de relire : « J’ai écrit ce livre, inspirée par la primaire de la droite aux dernières présidentielles. En tant que journaliste politique à « La Vie », j’ai vu l’intérêt de la montée en puissance à l’égard de François Fillon, un politique qui séduisait de nombreuses personnes proches de la manifestation contre le mariage pour tous, des chrétiens d’Orient et d’intellectuels conservateurs, un François Fillon qui, en plus, tenait des mots assez durs par rapport à Mai 68…, bref, un large spectre couvert à droite. J’ai aussi constaté que des jeunes étaient particulièrement intéressés et qu’ils avaient une conscience politique assez forte formant une droite décomplexée. »

Durant une heure, Pascale Tournier donna une description plus affinée de cette droite décomplexée : « Il faut tout d’abord différencier la pensée réactionnaire de la pensée conservatrice qui concerne surtout des libéraux-conservateurs, anciens chevènementistes issus de la gauche, des catholiques attachés aux traditions chrétiennes, à la famille, des écologistes de droite qui ont parfois des points d’accroche avec l’extrême gauche, certains étant sensibles aux problèmes posés par l’islam et les réfugiés…  Cette génération est souvent née après la chute du Mur de Berlin, donc le clivage gauche-droite ne l’intéresse guère. »

Baptême de Clovis vs Révolution de 1789

 Le livre évoque également des « anarchrists », des dandys de droite, tories à la française, identitaires et bioconservateurs, des antimodernes et déclinistes, des légitimistes ou traditionalistes. Ses trentenaires et quadragénaires sont des gens « qui ne lâchent rien et forment une vraie lame de fond prêts à imposer leur vision du monde et de l’homme. Une vision évolutive de la tradition et, surtout, faire de la politique avec davantage d’éthique. »

Ces gens brouillent allègrement les cartes entre droite traditionnelle et droite extrême, souligne encore l’auteure. Par jeu, provocation ou vraie conviction, celle de déboulonner les statues du progressisme et de l’universalisme de gauche ?

Ces « soixante-huitards à l’envers », comme les nomme Pascale Tournier, représentent « une pensée alternative qui s’installe durablement et qui est révélatrice d’une mutation idéologique à l’œuvre dans la jeunesse française ».

Bref, le vieux monde est bien de retour ! Attend-il pour autant le retour aux affaires de Marion Maréchal-Le Pen, par exemple ?

Pascale Tournier (Photo : Fréquence Terre-Écolodio)

« Emmanuel Macron, en homme pragmatique, a très bien compris que la France était moins à gauche qu’à droite, d’où ses messages à cette dernière afin d’élargir son socle… même aux monarchistes ! Il a ouvert la voie qu’un homme seul pouvait arriver au pouvoir. Pourquoi une femme comme Marion Maréchal-Le Pen n’y arriverait-elle pas ? » expliqua la conférencière

Néanmoins, si le catholique ne veut pas du FN (devenu Rassemblement national), cela bouge à cause des attentats, dont le prêtre  assassiné dans son église, à cause des réfugiés aussi…, constate Pascale Tournier dans son essai. Cependant, si l’opportunisme rebute ces nouveaux conservateurs, ne pourraient-ils pas fantasmer sur les idées de la nièce de Marine Le Pen ?

Le livre comporte douze chapitres et soyez assurés qu’il aborde les questions fondamentales sur l’émergence assez prononcée ces derniers mois de la Nouvelle droite. Cet essai se révèle donc être un document exceptionnel. Peut-être prémonitoire, puisque, je cite à nouveau, « ces indignés de droite touchent à tout, explorent, repoussent les limites, triangulent, sans complexe et sans tabou, à gauche ou à l’extrême droite qu’ils préfèrent d’ailleurs appeler droite extrême », comme ils innovent un vocable bien spécifique s’appuyant sur une réalité idéologique construite : « déconstruction anthropologique » pour le mariage pour tous, par exemple.

Alors que depuis plus d’un an, le président Macron paraît être sur tous les fronts et de tous les commentaires (réception « monarchique » de Poutine à Versailles, poignée de mains virile avec Trump, rencontres soutenues avec Merkel, attitude du supporter lambda lors du Mondial de foot, quelques propos jugés offensants à l’égard de la classe ouvrière, affaire Benalla…), Pascale Tournier évoque aussi la personnalité d’Emmanuel Macron à travers le prisme d’interlocuteurs de son enquête : « Auteur d’un mémoire sur Hegel et Machiavel dans une première vie, ce chef de l’État surgit avec des références, un paysage intellectuel et un imaginaire de reconquête qui se veut humaniste. Cela n’a pas échappé à ses opposants, qui préfèrent y déceler un simple vernis littéraire. »

Et la laïcité ?

Question très importante abordée lors de notre rencontre à Bruxelles : et la laïcité ?

« Sur ce plan, Emmanuel Macron a des convictions profondes. Pour lui, la République doit dialoguer avec les religions ! »

 J’interviens :  « Ce qui me semble contradictoire avec le concept de la séparation de l’État et des religions ! Qu’il rende hommage à Johnny Hallyday sur le parvis d’une église, c’est plausible, mais à l’intérieur de l’édifice religieux sa présence n’est-elle pas contraire au concept que je viens d’énumérer (on a le même cas d’espèce avec le gouvernement belge qui assiste au Te Deum en l’honneur de la monarchie, par exemple) et puis, convoquer des imams, rabbins, prêtres… pour discuter de problèmes et dispositions à prendre en matière de société, n’est-ce pas aussi une ingérence du religieux dans les affaires de l’État ? »

Réponse de Pascale Tournier : « Le président Macron est aussi décomplexé à ce propos : la neutralité de l’État n’empêche pas le dialogue et de requérir l’expertise de religieux, selon lui… »

 La conclusion de l’auteure de son ouvrage est assez explicite : « Si le courant conservateur n’est pour le moment pas une alternative solide, il reste, pour le pouvoir en place, un frein, une menace, un aiguillon. Naissance d’un contre-pouvoir. »

Chronique en partenariat avec le magazine et le site  POUR (Écrire la liberté).

 

Pierre Guelff

Pierre Guelff

Pierre GUELFF est journaliste, auteur et chroniqueur radio et presse écrite. À travers ses ouvrages, ses émissions et ses chroniques, il défend avec passion la Nature, les notions de terroir, de tradition, de solidarité et de fraternité universelle… À « Fréquence Terre-Écolodio », il anime “Littérature sans Frontières”, "Nature sans Frontières" et "La Nuit porte conseil". Sur son site officiel retrouvez toutes ses émissions radio et tv (RTBF, VivaCité, TV5 Monde), ses ouvrages, sa biographie.

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