17 octobre 2018
Accueil » Derniers articles » Caimanes : un territoire sacrifié dans une logique coloniale

Caimanes, un territoire sacrifié… Le webdocumentaire publié par France Libertés met en lumière les conséquences environnementales et humaines du troisième plus grand réservoir de déchets miniers du monde, implanté il y a 10 ans au centre du Chili, dans la province du Choapa.

Ce réservoir de déchets miniers a un impact majeur sur l’environnement. Mais les populations locales en subissent les retombées néfastes dans leur vie quotidienne.

« Outre le danger, il y quelque chose de lié au danger : c’est cette angoisse. J’ai vécu un an à Caimanes. Dès qu’il y a une petite secousse, on est terrorisé. Cela signifie vivre dans une sorte d’angoisse quotidienne par rapport à un danger potentiel. En plus de cela, pour s’implanter, l’entreprise minière a utilisé des stratégies pour essayer d’empêcher les résistances et de diviser la population, c’est-à-dire de favoriser par des projets certains habitants et pas d’autres. Donc elle s’est implantée en créant des zizanies locales. Caimanes était aussi une vallée où il y avait essentiellement des éleveurs, des agriculteurs. On vivait beaucoup du fromage de chèvre. L’entreprise minière, en s’implantant en amont, a bloqué le cours des eaux. Il y a eu beaucoup moins d’eau. Avec le tarissement de la rivière et des affluents, les agriculteurs ont dû pour la plupart cesser leur activité. Donc on a vraiment un bouleversement total de l’économie, et du social. »

Ces populations locales se sont organisées pour résister au projet. Aujourd’hui que vivent-elles ? Comment agissent-elles ?

Les habitants de Caimanes résistent © Elif Karakartal

« Depuis le début du projet, depuis le début les années 2000, cela a été une lutte de longue haleine pour résister. Une des caractéristiques de cette lutte, c’est qu’elle était toujours très pacifique. Cela m’a toujours frappé de voir cette importance du respect, d’une lutte qui se situe dans le domaine du droit, pas avec des actes de sabotage mais en essayant de lutter avec des moyens corrects. Aujourd’hui la communauté est toujours en résistance. Cela fait 14 ans que les gens sont en lutte. Au départ cette lutte était pour que ce projet ne se fasse pas. Le réservoir a commencé à fonctionner en 2008. Il contient deux milliards de tonnes de déchets miniers. Cela serait difficile aujourd’hui d’enlever ce réservoir. En revanche, les gens avaient demandé qu’il y ait une mise en sécurité des zones qui risquent d’être rasées en cas de déferlement des déchets miniers. Par exemple qu’on rehausse les parties du village, qu’on reconstruise des habitations au-dessus de la ligne rouge, la zone à risque, qu’on déplace l’école. Les habitants souhaitaient qu’on leur fournisse une eau propre qui vienne de la Cordillère, des montagnes, qui ne soit pas une eau désalinisée, par une eau industrielle, mais qui arrive d’une source naturelle. Ils avaient gagné en justice pour cela. Il y avait au moins des aménagements. La lutte se situait à ce niveau-là. Pour d’autres habitants, pour lesquels il était impossible de continuer à vivre sous ce réservoir de déchets miniers, la solution était de partir. »

Vous parlez de zone de sacrifice, de dépendance économique, et même de logique coloniale. Qu’est-ce que cela veut dire ?

« Ce qu’on montre dans le webdocumentaire c’est qu’il y a un revers de ce développement minier. Derrière cela, il y a des territoires, des zones de sacrifice. En fait, en s’implantant sur ce territoire, il y a un impact sur les ressources naturelles, la mise en danger, la disparition des activités traditionnelles. Cela devient des enclaves. Finalement, des zones comme Caimanes, deviennent des territoires dépendants. Comme les emplois traditionnels ont disparus, les emplois qui restent sont liés à l’entreprise minière. Tout devient lié au développement minier. Quand le réservoir de déchets miniers va se fermer, on ne sait pas ce qui va se passer à Caimanes. Cela va rester une zone où les activités agricoles ne sont plus possibles, et où il n’y a plus rien. C’est vraiment un territoire sacrifié parce qu’il ne peut plus exister en dehors du réservoir de déchets miniers. Pourquoi on rapproche cela de la logique coloniale ? D’abord parce qu’il s’agit toujours d’un modèle de pays primo-exportateur. On base le développement des pays sur l’exploitation des ressources naturelles qui vont être exportées et qui ne va pas permettre au pays de se développer de manière autonome. Donc on reste sur le même modèle. C’est pour cela qu’on parle de logique coloniale. »

Extrait de “Caimanes un proceso de enseñanza a la dignidad”, Réalisé par Elif Karakartal

Ce parcours numérique, conçu comme un documentaire, est aussi un outil de sensibilisation de ce que vivent les populations du Chili, pour d’autres régions du monde confrontées aux mêmes types de projets.

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Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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