Accueil » Derniers articles » Université d’été de la solidarité : pour un autre choix de société

Plus de 2 200 personnes ont participé fin août à Grenoble à la première université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens. Soutenue par plus de 300 associations, syndicats et collectifs citoyens, dont le mouvement Attac et le Crid (Centre de recherche et d’information pour le développement), cette université s’est attachée à “renforcer le rapport de force”, à construire des alternatives en préparant des prochaines mobilisations, dans un contexte de réformes gouvernementales.

Avec la Fondation, vous avez participé à cette première université d’été des mouvement sociaux et citoyens. Avant d’en tirer les grands enseignements, qu’est-ce qui a motivé la tenue de ce rassemblement ?

« Chaque année, Attac organisait une université d’été. Le Crid organisait une université tous les deux ans. Il y a quelques années ils s’étaient rapprochés pour faire des universités ensemble. Mais face à l’urgence, climatique mais aussi sociale provoquée par le gouvernement Macron, les deux structures se sont dites qu’il était temps de rassembler au maximum les mouvements sociaux pour faire face à ces difficultés posées par le changement climatique, mais aussi par les mesures gouvernementales actuelles. »

Il y avait vraiment urgence à ce rassemblement ?

« Complètement. En tous cas il y a une urgence climatique. On l’a encore vu cet été. Il y avait même un atelier sur la collapsologie, des personnes qui pensent que d’ici 15 à 20 ans, une partie de notre monde pourrait s’effondrer, sur le plan lié au changement climatique, mais aussi à cause des mesures sociales qui sont prises actuellement, sur les questions migratoires, économiques, de finance.. L’urgence est totale. »

Plus de 2 200 participants sur cinq jours ont participé à cette université. Des dizaines d’ateliers et de débats ont eu lieu. Quels ont été les grands thèmes d’échanges et de rencontres ?

« Ils ont été multiples, mais tous avec en toile de fond l’idée de changer notre modèle de société actuelle. Les thèmes qui revenaient assez fortement étaient ceux de l’écologie, de la lutte contre les discriminations, de l’accueil des migrants, de la montée du féminisme et de l’écoféminisme, des alternatives possibles à ce monde-là, notamment l’émergence ou la résurgence des communs, des nouvelles façons de faire de l’économie – on pense aux coopératives. Et il y a eu tout un débat autour du rétrécissement des libertés et de la société civile qui subit des attaques assez fortes des Etats. Cela reste une université des mouvements français, même s’il y avait des représentants de douze pays invités avec qui on a pu discuter d’enjeux internationaux. Mais sur les mobilisations à venir, c’est resté concentré sur ce que l’on peut faire nous, au niveau franco-français. »

France Libertés a largement pris part à ces débats. Quels étaient, pour la Fondation, les grands enjeux de cette semaine, les thématiques fortes ?

« France Libertés étant dans une période de restructuration, nous y sommes allés principalement pour écouter, pour voir les tendances actuelles et pour se poser des questions sur les grandes orientations à venir. On a participé à des ateliers, notamment sur les communs : comment les citoyens peuvent faire ensemble, créer des nouvelles règles démocratiques pour gérer des biens communs. Nous qui travaillons énormément sur l’eau, c’est quelque chose sur lequel on a beaucoup insisté. On a aussi été partie prenante en coorganisant un atelier sur la criminalisation de la société civile, puisqu’on avait fait l’objet d’attaques de Véolia en diffamation. On a raconté ce combat et la campagne « On ne se taire pas », pour inviter nos partenaires à ne pas se laisser faire et à contrecarrer les attaques, à la fois des multinationales et des Etats envers la société civile. »

Plus de 300 associations étaient présentes, avec des collectifs et des mouvements citoyens. Le monde associatif, que l’on dit en perte de vitesse, reste très mobilisé.

« Complètement. On était très nombreux. Et il y avait une grosse diversité, notamment générationnelle. Le monde associatif fait face à des attaques économiques, les budgets sont en baisse, les subventions d’Etat sont limitées. Et on a des lois assez liberticides qui sont passées. C’est difficile, mais le monde associatif se rend compte que c’est le moment d’agir et qu’il faut agir ensemble. C’est pour cela qu’il a répondu présent. On sent que le monde associatif se transforme. Donc il reste mobilisé mais il agit différemment, dans les associations, mais aussi en dehors des associations, on l’a vu avec Nuit debout, les ZAD ou d’autres actions. »

Quels enseignements tirez-vous de cette première université d’été ? Est-ce qu’il y a une vision politique qui s’en dégage ?

« La vision politique forte, c’est qu’on ne peut plus être dans de l’adaptation, on ne peut plus être juste dans la réponse à des attaques, mais qu’il faut construire dès maintenant des alternatives et créer un nouveau modèle de société. Toutes les organisations étaient d’accord là-dessus. Il y a une pluralité de mouvements, une pluralité d’actions, d’engagements politiques, mais qui rejoignent tous une idée, celle de devoir construire un autre qu’il est urgent de faire émerger. »

“De l’énergie, de l’écoute, de la bienveillance, de l’envie, de la détermination, de l’espoir, de la conviction qu’il faut faire l’impossible pour éviter l’impensable.” Ce résumé de l’économiste et membre d’Attac Maxime Combes vous convient-il ?

« Complètement. Il y avait une atmosphère assez extraordinaire, tout le monde est ressorti avec beaucoup d’énergie. On a eu cette sensation que tout le monde tirais dans le même sens et a été capable de s’écouter. Il n’y avait pas un uniformisation de la pensée. Il y avait plein d’actions différentes. C’est dans notre diversité qu’il faut qu’on agissent pour aller tous dans le même sens. »

© ue2018

Pour aller plus loin :

France Libertés

Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens

L’université sur Place Gre’net

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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