16 novembre 2018

C’est l’histoire d’un drame. Celui du peuple Krenak. Il y a trois ans, le Brésil connaissait sa plus grande catastrophe environnementale. Un barrage de déchets miniers cédait. Cela s’est passé à Mariana, au sud-est du pays, à un peu plus de 400 km au nord de Rio de Janeiro. Bilan : 19 morts, plusieurs dizaines de villages touchés, quatre millions de personnes affectés au total.

Trois ans après la rupture, les plaies ouvertes par les boues toxiques sont toujours à vif pour le peuple Krenak, au mode de vie et à la culture profondément connectés au fleuve.

Aujourd’hui, la Fondation France Libertés lance une grande campagne de sensibilisation sur la question du peuple Krenak.

Revenons sur cette journée du 5 novembre 2015. Qu’est-ce qui s’est passé il y a trois ans ?

« Il y a trois ans, le 5 novembre 2015, à 15h30, le barrage de déchets miniers de Mariana s’est rompu. Ce bassin de rétention de déchets miniers extrêmement toxiques s’est déversé dans la vallée du fleuve du Rio Doce. Des millions de mètres cubes de boues toxiques se sont déversées dans la vallée, détruisant tout sur leur passage et tuant le fleuve du Rio Doce. Les boues se sont écoulées au milieu de la vallée en détruisant des dizaines de villages, en tuant 19 personnes. Ce sont près de quatre millions de personnes qui ont été affectées par ce drame criminel. La coulée de boues toxiques a fini par se déverser dans l’océan atlantique le 21 novembre, créant une véritable zone sacrifiée dans toute la région du Rio Doce. »

Quelles ont été les conséquences pour les peuples riverains de la mines, et du fleuve ?

« Il y a énormément de personnes qui vivent sur les berges de ce fleuve. Il y a eu des conséquences humaines et environnementales. Il y a une pollution gigantesque qui a brisé tous les équilibres naturels et les écosystèmes de tout le bassin du fleuve. Les peuples riverains parlent d’ailleurs de la mort du Rio Doce. Aujourd’hui il n’y a plus aucune culture, plus aucune pêche possible. Tous les millions de poissons vivant dans le fleuve sont morts asphyxiés, la végétation du fleuve a entièrement succombé. Tout ce qui poussait sur les rives est aujourd’hui mort ou contaminé par des métaux lourds et impossibles à exploiter. »

La ressource en eau a également été touchée, affectant notamment le peuple Krenak.

« Le fleuve du Rio Doce est mort, et par là, toute la ressource en eau de la région a été touchée, affectant directement le droit à l’eau des populations vivant à côté du fleuve et vivant du fleuve. A coté du fleuve vit notamment le peuple autochtone Krenak, dont toute la culture est intimement liée à l’eau du fleuve.  Non seulement c’est leur source de subsistance pour la pêche, ou l’artisanat, mais ils ont aussi une relation spirituelle très forte au fleuve. Ils en parle comme d’un parent. Donc c’est la mort de leur parent. Et toute leur culture qui tourne autour du fleuve est aujourd’hui morte. »

A l’époque, Samarco, le propriétaire de la mine de fer, parle d’accident. Vous parlez plutôt de crime. Quelle est vraiment sa responsabilité ?

« Samarco, c’est un consortium de deux multinationales, le géant minier brésilien Vale et une compagnie anglo-australienne BHP Billiton. C’est une multinationale qui est spécialisée dans la production de minerais de fer. Il y a différentes mines de fer dans la même région. L’entreprise ainsi eu l’Etat brésilien, qui donne des autorisations d’exploitation des mines aux entreprises, sont responsables de ce crime. Eux parlent d’accident. Mais ce n’est pas une catastrophe naturelle, c’est un crime. L’entreprise savait pertinemment avant le crime que le barrage était défectueux. Ils avaient été informés par des rapports et des études que le barrage pouvait s’effondrer à tout moment. L’entreprise a fait des choix irresponsables qui ont causé la pollution du Rio Doce. »

Cela fait 3 ans que les Krenak se mobilisent. Que demandent-ils ?

« Tout d’abord, le peuple Krenak demande que ce drame soit reconnu comme un crime et non comme un accident. En parlant d’accident, on opère une déresponsabilisation totale de l’entreprise et de l’Etat. Déjà en reconnaissant la rupture du barrage du Rio Doce comme un crime, cela permettrait de reconnaitre la violation d’un certain nombre de droits du peuple Krenak et ainsi d’obtenir justice. Plusieurs droits humains des Krenak ont été bafoués, comme le droit à l’eau, à cause de la pollution et de leur lien très intime à l’eau, mais aussi le droit à la santé, le droit à l’alimentation, puisque le peuple Krenak vivait de ce fleuve, et aussi le droit des Krenak d’exercer leurs manifestations culturelles et leur religion traditionnelle qui sont liées à ce fleuve qui est sacré pour eux. Le peuple Krenak demande aussi une réparation intégrale et juste du préjudice qui a été causé par Samarco. Ce peuple, en tant que peuple autochtone, a des droits spécifiques liés aux peuples autochtones qui sont reconnus par les déclarations des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Ils demandent une reconnaissance à la propriété de leurs terres traditionnelles, à l’autodétermination. Cela leur permettrait aussi de pouvoir récupérer des terres qui n’ont pas été dévastées par le crime du Rio Doce et de pouvoir retrouver leur droit d’accès à l’eau. »

France Libertés est déjà intervenue sur la question au mois de mars lors du Forum social mondial et se mobilise aujourd’hui avec cette campagne Justice for Krenak. De quelle manière ?

« France Libertés et le peuple Krenak lancent ensemble une campagne internationale dans le but de mobiliser un maximum de personnes en Europe, au Brésil et ailleurs dans le monde, contre les responsables de ce crime qui est sans précédent dans l’histoire du peuple. C’est d’ailleurs le plus grand crime environnemental qui s’est produit au Brésil. France Libertés et le peuple Krenak demandent à un maximum de personnes de se mobiliser pour réclamer que justice soit faite par l’application du droit et donc un procès juste et équitable pour les Krenak. Chacun peut se connecter sur le site Justice for Krenak pour signer l’appel à solidarité appeler à ce que justice soit faite. »

Pour aller plus loin :

 

Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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