11 décembre 2018

“Défendre le peuple Krenak, c’est nous défendre nous-mêmes”, c’est ce que martèlent Anne Suarez et Olivier Rabourdin dans une tribune publiée début novembre dans le journal Le Monde. Les deux comédiens, qui sont à l’affiche de la série Guyane, sont les parrains de la campagne “Justice for Krenak”. Ils ont remis début novembre le prix Danielle Mitterrand décerné au peuple Krenak, ce peuple autochtone brésilien.

  • Avec Anne Suarez

En quoi le drame de ce peuple brésilien nous concerne tous ? Il est symptomatique des dérives et des dangers que court la planète ?

« C’est symptomatique d’une chose qui prend une ampleur phénoménale partout sur la planète. Le drame des Krenak, c’est celui de plein de peuples autochtones qui doivent subir la pollution liée à l’extractivisme. C’est vrai en Amazonie, au Brésil, en Equateur. Mais c’est aussi vrai au Canada. C’est d’abord les peuples autochtones qui sont impactés par ces pollutions parce qu’ils ont des sous-sols, la plupart du temps, super riches en matière fossile. Mais cela nous concerne tous parce que cela devient absurde d’imaginer que, quand il se passe des choses avec un impact sur la nature aussi fort, même si c’est à l’autre bout du monde, cela devient compliqué d’imaginer que cela n’a pas d’impact plus global sur le climat, sur les mouvement migratoires et sur l’organisation du monde dans lequel on vit. Cela nous concerne tous. Et cet extractivisme est à l’œuvre un peu partout. Il y a des choses qui fonctionnent de la même manière en Allemagne avec le charbon, il y a une tentative en France avec le gaz de schiste. Ce sont des méthodes qui peuvent être sur nos territoires. Par exemple en Guyane avec Montagne d’or, c’est exactement ce qu’il sont en train d’essayer de faire. La Guyane est un bout de territoire français. Moi, j’estime que cela me concerne. »

Vous le soulignez, il y a un parallèle entre ce qu’a vécu le peuple Krenak et ce qui menace les peuples autochtones en Guyane. Avec la série Guyane, quel regard portez-vous sur l’orpaillage, sur l’extraction d’or, qu’elle soit légale ou totalement illégale ?

« On a découvert l’ampleur de la problématique en étant sur place. Ce qu’on a vu, compris, c’est que l’orpaillage, que ce soit légal ou illégal, cela se fait toujours au détriment des peuples autochtones. Soit on ne leur demande pas leur avis, soit on leur demande vaguement leur avis et on en tient pas compte, puisqu’ils disent non. Pour eux c’est un saccage de leurs terres sacrées. Pour ce qui est de l’orpaillage illégal, les déchets sont encore moins bien gérés. Cela apporte une forte criminalité sur place. Cela change complétement le mode de vie. Mais même de manière légale, il n’y a tellement rien qui est fait, ou c’est tellement mal fait. Toutes les obligations de réhabilitation de sites miniers sont mal surveillées. J’ai vu des cratères partout, dans un état effrayant. L’orpaillage abime la forêt guyanaise et impacte les populations locales qui ne peuvent pas vivre comme ils ont envie de vivre. »

© Collectif Or de question

Ouvrir les yeux et les consciences

Guyane reste une fiction, mais très proche de la réalité. La présence au casting de membres des Jeunesses autochtones de Guyane a été un plus pour la crédibilité de la série ? Leur présence apporte quelque chose de plus à la lutte des peuples autochtones ?

« C’est ce qu’on pense et qu’on espère. Pour Christophe Yanuwana Pierre, leader de la Jeunesse autochtone guyanaise, les réalisateurs qui ont travaillé avec lui, lui ont beaucoup demandé son avis sur le scénario, sur ce qu’on disait, sur qu’on ne disait pas. Il y a des impondérables liés à la fabrication d’une série grand public de divertissement. Mais Christophe a veillé à ce qui soit dit soit vrai et juste. Pour nous, c’est une chose énorme de l’avoir avec nous. C’est comme si cela donnait un poids encore plus réel à cette histoire. Christophe Yanuwana Pierre et Alexis Tiouka, qui ne sont pas acteurs, se sont dit que cela pouvait être un vrai moyen que l’on parle d’eux et de leur combat. »

Je ne sais pas si on peut dire que Guyane est une série militante. mais actuellement le projet Montagne d’Or est au cœur du débat. La décision devrait intervenir sous peu. Est-ce que cette série peut ouvrir les yeux de la population de métropole, et du gouvernement, sur le danger que fait courir le projet Montagne d’Or ?

« Que la série soit militante, je ne pense pas qu’elle le soit tant que cela. Mais en même temps elle montre des choses. Elle n’a pas été faite pour cela, même si on était tous très contents de développer ce sujet-là. La chance qu’on a, c’est qu’elle a été diffusée en plein milieu du débat sur Montagne d’or. Je sais, par le retour que j’ai eu, que les gens ont été très touchés et très attentifs à cette problématique-là. Je pense que cela ouvre des yeux et des consciences sur ces sujets-là. En fait, on ne sait pas forcément : d’abord qu’il y a des peuples autochtones français ; deuxièmement, des peuples qui sont exposés à ces dangers-là ; et troisièmement ce qu’on fait à notre forêt. Je pense que, sur les gens qui voient la série, cela fonctionne plutôt bien. Et c’est un bon outil pour la campagne contre Montagne d’or. Ensuite, pour le gouvernement, je ne peux pas imaginer qu’il ne soit pas au courant des dangers qui sont pris, des risques qui sont pris, des choix qui sont fait contre la population. Il y a une concertation qui a été négative, qui n’a pas vraiment été entendue. Forcément le gouvernement est au courant. Sur ce genre de choses, cela ne peut être que politique. C’est impossible de dire que la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) et le gouvernement mettent en place ce projet Montagne d’or en croyant réellement qu’il n’y aura pas de danger. On sait que l’extractivisme exemplaire n’existe pas. C’est une histoire de volonté. »

© Jeunesse autochtone de Guyane (JAG)

Ce combat, que ce soit pour le peuple Krenak ou contre Montagne d’Or, c’est quelque chose que vous allez continuer à mener ?

« Je crois que oui. Olivier Rabourdin est complètement impliqué dans cette lutte-là. Evidemment on va suivre Geovani Krenak et son combat et essayer de relayer les choses tant qu’on pourra. Pour Montagne d’or on est carrément très mobilisés contre. Alexis Tiouka est devenu un ami. Donc indépendamment du sujet global, sa vie nous intéresse et nous préoccupe. On est sensible à tous ses combats et tout ce qu’il porte. On va continuer ce combat-là autant qu’on peut. »

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Philippe Boury

Philippe Boury

Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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